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Mexique . Florence Cassez et Mensonge d' Etat


 

 

 

 

La presse, l'opposition et le gouvernement français continuent de présenter Florence Cassez comme la victime expiatoire d’une Justice mexicaine nécessairement aveugle et corrompue. Nicolas Sarkozy, Michèle Alliot-Marie, Bertrand Delanoë et Martine Aubry se sont mis d'accord la semaine dernière pour inscrire ensemble le Mexique entier au ban des nations… Leur conviction commune repose sur une méthode est très simple : il suffit de faire abstraction de tous les éléments à charge, depuis les aveux des complices jusqu’aux témoignages des victimes, qui comptent ici pour rien!


Dans cette affaire, même les parents de Florence (Bertrand et Charlotte Cassez) n’ont pas hésité pour leur part à mentir à la presse et au Président de la République en affirmant qu’ils ignoraient tout eux aussi des activités criminelles d’Israel Vallarta Cisneros – l’amant de Florence, arrêté en même temps qu’elle le 9 décembre 2005 – au point de ne l’avoir jamais rencontré ! (Florence Cassez elle-même a rétabli la vérité dans son livre, A l'ombre de ma vie, paru longtemps après la première rencontre de ses parents avec Nicolas Sarkozy.)
Deux photos publiées dans la presse mexicaine – mais jamais dans la nôtre ! – prouvent en effet les joyeuses relations établies de longue date entre la famille Cassez et le chef du gang Los Zodiacos : sur la première, on découvre Bertrand Cassez et Israel Vallarta en train de trinquer ensemble, de façon fort conviviale, dans des coupes en argent, tandis que la seconde (prise un autre jour) atteste du fastueux accueil réservé aux parents de Florence au sein du ranch “Las Chinitas”, à 29 km de Mexico…
 

Les parents de Florence, accueillis au ranch Las Chinitas, à 29 km de Mexico.

Bertrand Cassez, qui "n'a jamais rencontré" Israel Vallarta, trinque ici avec lui..

“On te sectionne une oreille, ou on te coupe un doigt ?”
“Las Chinitas” … Le ranch qui servait de repaire au gang “Los Zodiacos”, convaincu d’une dizaine d’enlèvements et de plusieurs assassinats, excusez du peu ! La maison où habitaient Florence (qui l'a reconnu, la police y ayant saisi tous ses effets personnels sous ses yeux) avec son amant, Israel Vallarta Cisneros, chef d’une bande de criminels spécialisés à Mexico dans le rapt des femmes et des enfants de bourgeois aisés… La maison même où Cristina Rios Valladares, son mari Raul et leur fils Christian (les derniers otages du gang) furent conduits le 19 octobre 2005, les yeux bandés, ligotés à l’arrière d’une grosse 4x4, après avoir été capturés par trois hommes armées de fusils de guerre dans une banlieue bourgeoise de la capitale mexicaine.
… Le ranch où Florence Cassez elle-même s’est occupée généreusement de nourrir les otages du gang et de leur administrer des calmants. Elle s’intéressait de près au petit Christian, 11 ans, dans le but évident d’accélérer le versement de la rançon : “– Qu’est-ce qui te ferait le plus mal, Christian, qu’on te sectionne une oreille ou qu’on te coupe un doigt ?” (Certains soutiennent que Florence, beaucoup moins inhumaine qu’on pourrait le penser, se serait finalement contentée de prélever un peu de sang au garçon, pour y tremper une oreille sectionnée par le gang sur un petit cadavre, et faire porter le tout à la famille qui tardait imprudemment à s’exécuter, mais nous ne sommes certain de rien !)
… Le ranch où Cristina Rios Valladares comprit très vite qu’elle avait affaire à la concubine d’Israel Vallarta. D’autant plus vite que le chef du gang provoquait chez sa compagne de formidables colères chaque fois qu’il venait bousculer sa victime et en abuser sexuellement : “Si tu continues à la sauter, je me vengerai sur elle, et tu n’auras pas ta rançon !”
 
Quand l’évidence compte pour rien
A qui fera-t-on croire en effet qu’une “fiancée” qui s’occupe de si près des affaires du gang “Los Zodiacos”, dans une maison bourrée d’armes de guerre et de munitions, une fiancée qui assiste au viol de la mère retenue en otage, lui administre des sédatifs et prélève le sang de son petit garçon, oui, à qui fera-t-on croire que cette femme ignorait tout des agissements criminels de ses compagnons ?
La réponse est simple : on le fait croire aux Français; on le fait croire à Nicolas Sarkozy, qui vient de recevoir à nouveau les parents de Florence; on le fait croire à Michèle Alliot-Marie, qui continue en vain de négocier avec le gouvernement mexicain le transfert en France de l’intéressée … L’homme qui s’est fait connaître par son courage personnel pour sauver la vie des enfants, lors d’une prise d’otages dans une école maternelle de Neuilly, assume aujourd’hui – peut-être sans le savoir  – la défense publique d’une complice amoureuse mais parfaitement consciente et extrêmement active d’odieux criminels mexicains !
Pour soutenir le contraire, il faudrait pouvoir invalider de façon définitive le témoignage de Cristina Rios, celui de son mari et celui de son enfant : une mère violée, un père fou de douleur et un enfant terrorisé, que ses parents conduisaient à l’école quand l’horreur a surgi. Invalider aussi celui d’un autre kidnappeur mexicain, David Orozco Hernández, qui soutient que Florence Cassez partageait la direction des “Zodiacos” avec son compagnon Israel Vallarta :

“Florence Cassez nous a rejoint en 2004, et son influence pour imposer et isoler le chef, ou plutôt s’isoler avec lui, ont largement contribué à semer la discorde au sein de l’organisation… Ses fonctions dans la bande consistaient à planifier les rapts et à organiser le recouvrement des rançons… Israel et la Francesa tenaient beaucoup à garder le secret, vis-à-vis des autres membres du groupe, sur les cibles potentielles des enlèvements et la réalité des sommes obtenues des familles d’otages… Ils estimaient que ces informations stratégiques n’avaient pas lieu d’être partagées.” (Sources : La Jornada, El Universal, Radio Trece, El Porvenir, 12-13 mai 2008, Mexico.)

L’Agence France-Presse a publié aussitôt un communiqué qui se garde bien d’entrer dans le détail des révélations de David Orozco Hernández, mais donne très largement la parole aux avocats français et mexicains de Florence Cassez. Tous nos journaux ont emboiîé le pas, en rang par quatre, pour éviter d'avoir à s'interroger… Le mensonge par omission, sélection et orientation des faits, tel que le pratiquent chaque jour les plus grands médias, est bien le plus sournois de tous, parce qu’il nous prive sans le dire des éléments indispensables à l'objectivité et à la liberté de notre propre jugement.

Le mensonge par omission nous est devenu quotidien
A qui fera-t-on croire aussi qu’il ne se trouve même plus un seul journaliste, dans les salles de rédaction françaises, pour passer quelques coups de fil à ses correspondants mexicains et aller voir sur internet, en langue espagnole, comme nous l'avons fait, ce que nous disent les photos, les dates, les faits, les témoins ?
Une fois de plus, face au “mythe Cassez” – la belle Innocente contre une Police et une Justice mexicaines intégralement et nécessairement corrompues – les enquêtes de police, le témoignage des victimes, l’aveu des comparses et l’évidence elle-même comptent pour rien. Oui, la désinformation systématique est devenue notre pain quotidien.
Il fut un temps où Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur puis candidat à la magistrature suprême, rassurait beaucoup de Français en plaidant l’écoute privilégiée des victimes, et la fermeté sans faille des pouvoirs publics contre toutes les formes de délinquance ou de criminalité. N’aurait-t-il plus le choix des vraies causes à défendre, depuis qu’il est devenu Président, qu’il a épousé Carla et qu’il habite l’Elysée ?



18/02/2011
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